Marguerite Pilven - Still Rocking - 2009

Qualifiant sa pratique artistique de « quête du bonheur », Elvire Bonduelle s’intéresse à l’idée d’équilibre entre le corps et l’esprit. Les objets de mobilier sont un thème privilégié de ses sculptures, en particulier ceux où l’on s’assoit : coussins pour se lover, chaises où les enfants doivent se tenir droit, à table comme à l’école. Les implications sociologiques et comportementales que ces objets véhiculent sont les lignes de fuite où Bonduelle déploie une réflexion poétique sur notre manière d’habiter le monde. Lors d’une résidence au Québec, les rocking-chairs, ou « berceuses », que l’artiste remarque devant presque chaque maisons lui évoquent des images d’Epinal de la vie à la campagne, les soirées au coin du feu, le détachement méditatif auquel leur mouvement de balancier invite...

Bonduelle n’y cède cependant pas longtemps. Citadine hyperactive, elle retrouve cette respiration du corps et de l’esprit… En reproduisant les berceuses à l’identique ! Le patient travail de menuiserie l’engage dans une temporalité lente et concentrée, une disposition semblable à celle du paysan d’autrefois qui, ne pouvant se rendre aux champs sous la neige, occupait ses journées d’hiver à fabriquer des objets domestiques. Travailler dur sur la réalisation d’un objet de repos, voici le paradoxe où l’artiste trouve son point d’équilibre. Ces berceuses sculptées dans le bois d'un même arbre évoquent, par leur facture à la fois naïve et soignée, un monde proche de la terre, rythmé par le geste artisanal appliqué, un temps de gestation tranquille de la nature et des êtres. Leur exposition dans les jardins de l’Elysée pointe avec ironie un travers de notre société contemporaine : son inaptitude au repos, notre difficulté à tenir en place.