Elvire Bonduelle - Sur la salle d'attente - 2013

Les conditions dans lesquelles on voit les œuvres sont lamentables. Les expositions sont très fréquentées, et parfois par des imbéciles. On ne peut que rester debout et regarder, en général avec quelqu'un d'autre. Il n'y a pas d'espace, pas d'intimité, nulle part où s'asseoir ou se coucher, on ne peut ni boire, ni manger, ni penser, ni vivre. Ce n'est qu'une présentation. Ce n'est que de l'information.

Écrits 1963-1990, Donald Judd, 1991, Édition Daniel Lelong


Car tout est là : bien souvent, nous ne voyons rien. Nous forçons notre regard, à vouloir voir absolument, là, maintenant, en trois minutes, en trente secondes. Pourquoi ne peut-on pas plus souvent s'asseoir face aux œuvres ?Salle d'attente III est le troisième volet d'une série d'expositions basée sur l'idée que les salles d'attente sont des parenthèses spatiotemporelles propices à la contemplation d'œuvres.

À la galerie laurent mueller, cette nouvelle expérience réunit 26 artistes sur deux espaces reliés par un escalier. Comme si un seul temps d'attente ne suffisait pas, à l'étage, une seconde salle s'offre à nous.L'accrochage rappelle ceux des salles d'attente de cabinets médicaux, où chaque médecin a porté sa pierre à l'édifice. Untel a cloué le tableau d'un ami peintre, son confrère un tableau hérité, tandis que l'anesthésiste a placé une gravure désuète, une affiche démodée, et ainsi de suite.Dans notre salle d'attente, le visiteur sera d'abord pris d'une hésitation. Peut-on ou non s'asseoir sur l'un de ces trois bancs ? Après tout, on ne s'assoit pas sur l'art mais pourtant ces coussins semblent nous y inviter. Que lit-on dessus? Sit on it, Wait and See, Là ça va... Autant d'injonctions au laisser-aller, à la patience, au repos. Et bien, asseyons-nous.Plongé dans l'attente, le regard du visiteur part à la dérive sur les murs, tissant entre les œuvres des liens inattendus. Un portemanteau, un monochrome, des photos, une horloge, des mots brésiliens, des dessins. De cet ensemble disparate émerge un dialogue où se fondent les notions autrefois distinctes de mobilier, de décoration et d’art. Tout s'entremêle, brouillant les pistes et les conventions.

À l'étage, la tension monte. Encore une salle d'attente. Elle est bien plus petite, le plafond est bas et les deux portes sont closes. Tapissée d'un motif pariétal on se croirait presque dans une grotte, une caverne, l'antre d'un médecin aux goûts étranges. Une musique alterne avec une vidéo qui, une fois encore, nous renvoie au sentiment d'attente. Attendez-donc, vous êtes le prochain sur la liste.


L'ouvrage "Salle d'attente", conçu par Elvire Bonduelle et publié par la galerie complète l’exposition.