Elvire Bonduelle - Salle d'attente II - 2012

Les conditions dans lesquelles on voit les œuvres sont lamentables. Les expositions sont très fréquentées, et parfois par des imbéciles. On ne peut que rester debout et regarder, en général avec quelqu'un d'autre. Il n'y a pas d'espace, pas d'intimité, nulle part où s'asseoir ou se coucher, on ne peut ni boire, ni manger, ni penser, ni vivre. Ce n'est qu'une présentation. Ce n'est que de l'information.
Donald Judd, Écrits 1963-1990, Édition Daniel Lelong, 1991.
Les conditions dans lesquelles on voit les œuvres sont lamentables. Les expositions sont très fréquentées, et parfois par des imbéciles. On ne peut que rester debout et regarder, en général avec quelqu'un d'autre. Il n'y a pas d'espace, pas d'intimité, nulle part où s'asseoir ou se coucher, on ne peut ni boire, ni manger, ni penser, ni vivre. Ce n'est qu'une présentation.
Ce n'est que de l'information.

Donald Judd, Écrits 1963-1990, Édition Daniel Lelong, 1991
Voilà quelques années que je m'intéresse aux salles d'attentes en tant que parenthèses spatio-temporelles propices à la contemplation. Patientant chez mon dentiste, confortablement assise en face d'une toile, je la considérais au premier abord comme une « croûte ». L'attente s'éternisant, je contemplais la toile, au début très passivement mais petit à petit un certain dialogue s'instaura, et elle finit par beaucoup me plaire. Le temps et ma disponibilité d'esprit avaient permis cette expérience esthétique inattendue.

Une seconde expérience m'amena à vouloir désirer voir les œuvres d'art dans de meilleures conditions, lors d’un voyage pour visiter l'exposition d'un peintre adoré dont je n'avais jamais vu le travail qu'en reproduction. Arrivée au musée, la foule, le bruit, le manque de recul et d'assises m'empêchèrent de voir les œuvres. Très déçue, je me consolais en dévorant le catalogue, confortablement installée dans mon train de retour.
Ainsi est né le projet SALLE D'ATTENTE, l'envie de proposer de meilleures conditions pour voir les œuvres et renouveler ainsi la qualité de nos expériences sensibles et esthétiques.

Chez NEW Immanence, dont l'atmosphère est déjà toute indiquée avec ses poignées en laiton, ses rideaux à lames verticales et son paillasson encastré, un ensemble d'œuvres sont mises en relation pour un accrochage « en salle d'attente ».
Les peintures de Camila Oliveira Fairclough se réfèrent à des codes visuels reconnaissables, mettant en tension le visible et le lisible au delà de l'apparente immédiateté de leur approche.

"Césium", miroir hypnotique de Baptiste Debombourg, reflète une image parcellaire et éclatée de l'espace qui s'en trouve comme « psychédélisé ».
L'horloge souriante « 10h10 » de Bertrand Planes défie les esprits trop rationnels et pressés tout comme l'étonnante plante verte de Julien Berthier dont l'apparence prête à confusion.

"WOOD IS GOOD", retable iconoclaste d'Elvire Bonduelle, brouille les frontières disciplinaires et semble inviter à s'asseoir dessus.
Sur la table basse, quelques nouvelles défraichies de cette dernière et la revue "LOG", entièrement consacrée au travail de Sammy Engramer, achèvent de filer la métaphore de la salle d'attente.